Extraits de presse


à propos de "Chofé biguine la"


JAZZ MAGAZINE février 2006


Chofé biguine la

Patrice Caratini et le Jazz Ensemble abordent aux Antilles, guidés par Alain Jean-Marie et le trio Biguine Réflections

On raconte qu'Alexandre Stellio, maître de la clarinette créole, rapporta d'un voyage à la Nouvelle-Orleans un Serpent Maigre dont il fit une célèbre biguine, enregistrement cahotant, intense, aux reliefs saisissants opposants anche, coulisse et métal du banjo. C'est la reprise de Serpent Maigre par le Jazz Ensemble de Patrice Caratini et le trio Biguine Réflections (Alain Jean-Marie, p; Éric Vinceno, elb; Jean-Claude Montredon, dm) qui manifeste le mieux la réussite de ce programme : elle témoigne d'une fidélité aux racines qui n'abandonne jamais le souci de la création.
Sur un répertoire de classiques antillais (Al Lirvat, Henri Salvador, Édouard Pajaniandy "Mariépin"), complété par des compositions de Jean-Marie, Vinceno et Montredon, Caratini ne cherche pas à accompagner. Il résiste radicalement à la tentation doudouiste d'une banale mise en parfum orchestrale ou une surmultiplication des rythmes mais prolonge, tuile mélodies, couleurs et polyrythmies caraïbes dans un langage qui ne renonce en rien au jazz. C'est la leçon de
Serpent Maigre : entre les sources de la musique afro-américaine des États-Unis et celles des musiques antillaises coulaient des courants souterrains qui n'ont cessé de charrier d'un côté et de l'autre des éléments qu'elles ont finalement partagés. Biguines et mazurkas, portées par le jeu tout en délicatesses précise de Montredon, ouvrent sur un monde de modernités que ne contient plus aucune aire géographique. Tissages orchestraux aux tonalités cuivrées, solos (notamment Rémi Sciuto, as, sur le superbe Haïti de jean-Marie ; Mattieu Donarier, ts, sur Vallée heureuse, du même), fusions des deux rythmiques (du trio et de l'Ensemble), tout concourt à tailler une facette inédite dans le diamant du jazz antillais. La conclusion logique en est la suite Antillas de Caratini : inspirée par les Antilles mais en aucun cas banalement évocatrice, où se retrouvent la luminosité de l'écriture, le sens de la construction du discours, la délectation des sons ; comme toujours chez celui qui, l'après-midi même, avait reçu le prix du cinquantenaire de l'Académie du jazz, cette manière unique de garder l'histoire vive pour mieux aller de l'avant.
Denis-Constant Martin

LE MONDE décembre 2001

"Chofé biguine la est le spectacle musical le plus abouti du moment. Le plus gai. Qualité d’exécution et répertoire, tout est parfait. La disposition même du groupe est séduisante : piano et rythmique antillaise côté jardin, deuxième rythmique (celle du “jazz”) intriquée en fond de groupe, et des soufflants ouverts en V au centre comme un vol de passereaux. Avec des déplacements, des échanges de pupitres, un jeu de domaines qui varient selon les arrangements, les morceaux ou l’instrumentation. C’est une formule très souple, très au point, qui fait oublier la subtilité de l’écriture. Ce croisement de jazz et de biguine offre cent minutes de haute qualité de jeu, de grand agrément de scène, de richesse rare de couleurs due au travail d’arrangement… Au programme, le répertoire du trio d’Alain Jean-Marie, soit les compositeurs-clés des Antilles. La biguine dans tous ses états, danse, rythme ou pas en avant, la biguine dont on s’étonne qu’elle soit plus gracieuse et moins désuète qu’on ne l’attend, mis en scène par Patrice Caratini. Temps convenable de répétition, projet clair, interprètes à la hauteur, cette histoire est une des réussites d’un genre difficile. […]
Toutes les sections du Caratini Jazz Ensemble sont impressionnantes. On échappe aux routines du jazz comme aux facilités des big bands. Chaque pièce est montée comme une saynète musicale parfaite. Chaque arrangement colle à l’esprit de la composition.
Rare de sortir d’un concert de cette forme avec un tel sentiment de diversification, de joie. Que retient-on d’un concert ? Des images sonores : l’adaptation extraordinaire d’une pièce de Stelio, compositeur légendaire des îles ; les improvisations chaque fois saisissantes d’Alain Jean-Marie ; la belle suite mouvementée de Caratini, Antillas, ou une lumière qui meurt doucement sur le pavillon royal de l’instrument de François Thuillier."

Francis Marmande