Extraits de presse
à propos de "Echoes of France"
La Terrasse 3 février 2006
Caratini à l’écoute des “Echoes of France”Suite et fin de notre entretien avec Patrice Caratini à l’occasion d’une nouvelle étape exceptionnelle du cycle de concerts mensuels de son Jazz Ensemble au Petit Journal Montparnasse. Encore auréolé du "Prix du Cinquantenaire" que vient de lui décerner l’Académie du Jazz pour l’ensemble de son travail, le contrebassiste et compositeur rend hommage dans ce programme intitulé “Echoes of France” aux plus grands compositeurs du jazz hexagonal, d’André Hodeir ou Martial Solal à la nouvelle génération des Laurent Dehors ou Marc Ducret.
Le travail que vous avez engagé avec le Caratini Jazz Ensemble se fait souvent en référence aux "grands textes" du l’histoire du jazz. Vous sentez-vous proche de la démarche de Wynton Marsalis qui pose lui aussi un regard rétrospectif sur la musique de jazz?
Patrice Caratini : Ce qui peut me rapprocher de Marsalis, c’est l’idée que nous nous éloignons, avec le temps, de cette période exceptionnellement riche que fut l’aventure du Jazz pendant une quarantaine d’années, disons entre le Hot Five de Louis Armstrong et le Love Supreme de John Coltrane et que, en ces temps de médiocrité musicale mondialisée, nous autres, musiciens, avons, chacun à notre manière, un rôle essentiel à jouer dans la transmission de cette histoire qui nous a nourris. De mon côté, je fais ça d’une façon plutôt vagabonde que didactique, par hasard et par affinités. Je musarde!
“Le jazz n’a rien à gagner lorsqu’il tend à se vêtir de respectabilité.”
Le concert du 13 février semble éclairer la notion de "compositeur de jazz". Ce terme a-t’-il un sens pour vous?
Patrice Caratini : "Compositeur de jazz" ? Il n’y aurait qu’André Hodeir pour réunir les critères officiels du genre. Les jazzmen sont surtout des "inventeurs d’univers", à l’image d’Ellington, Mingus ou Monk. La place de l’improvisation pose notamment des problèmes formels, voire sémantiques, qui met le "compositeur de jazz" dans une position instable. Pour autant, on trouve de très bons "écriveurs de musique" dans ce monde, voir justement "Birth of the Cool"que nous venons de re-créer. Imposer l’expression "compositeur de jazz “ n’aurait pas beaucoup de sens. Ce qu’il faut, c’est toucher le public. Le jazz n’a rien a gagner lorsqu’il tend à se vêtir de respectabilité.
Propos recueillis par Jean-Luc
Caradec
JAZZ MAGAZINE janvier 2000
Caratini, le jazz :
ensemble
Et Stéphane Guillaume leva sa clarinette pour entonner le
thème de Nuages…
L'orchestre avait cheminé sur
un tracé harmonique qui représentait les accords de base en
les enrichissant considérablementl ; partant de là, des
solistes déjà avaient proposé des voies originales ;
derrière, en contrechant, des bribes de la mélodie avaient
commencé à être assemblées ; tout conduisit, en fin de
parcours, aux retrouvailles avec la composition
emblématique de Django Reinhart, telle qu'on a l'habitude
de la reconaître. Patrice Caratini aime cette façon d'aller
vers le thème ; il abordera, au terme du concert, le
vieux Aux marches
du palais de la
même manière. Ce faisant, il éveille la curiosité de
l'auditeur et le tient sans arrêt par le bout de l'oreille.
Mais l'intérêt qu'on prend à sa musique, la fascination
qu'on éprouve à l'écoute de cet ensemble exceptionnel ne
tiennent pas à ce seul procédé. Au-delà, en général,
l'écriture est attachante. Tranchante, anguleuse,
multipliant dissonances et contrastes, changements de
mesure et brisures rythmiques, elle affirme une modernité
acérée que parcourent des solistes aux tempéraments divers
: de l'onirisme free incarné par Christophe Monnot au
raffinement de Manuel Rocheman, de la solise verve de Denis
Leloup aux envolées d'André Villéger. Tous sont aiguillonés
par un accompagnement mobile appuyé sur la basse, où la
guitare commente sans soutenir, où le piano multiplie les
suggestions d'ouverture ; ici le riff existe à peine et les
vents se déploient en contrepoints. La personnalité de
Caratini s’affirme quelque soit le répertoire. Pour
cette série de concerts, il était consacré à des
compositeurs de France. Ailleurs il rendra hommage à
Armstrong et à des « grands textes du jazz ». Toujours la
virtuosité d’écriture et d’exécution, la
singularité de l’approche, l’excellence des
solistes nourriront le bonheur de la surprise.
Denis
Constant-Martin
LE MONDE 17 novembre 1998
Les airs
qui swinguent et les solos culottés du Jazz Ensemble de
Patrice Caratini
À la maison de la culture, le
contrebassiste français Patrice Caratini présente son Jazz
Ensemble, extension, prolongation de son Onztet déjà venu
jouer ici. Jeune garde et anciens réunis en fidélité, les
douze musiciens sont dans la musique, pas seulement sur
scène. L'orchestre a été fondé à Sceaux, en octobre 1997
avec un répertoire de compositions de Caratini, de membres
de l'orchestres, de compositeur français.
Une saison de concert a parfait les qualités entendues
alors ; il y a le jeu des réponses des sections (anches,
cuivres, rythmiques); l'équilibre des masses orchestrales ;
une grande attention portées à la clarté des mélodies ; le
passage permanent d'une sorte de musique de chambre
contemporaine au jazz. Endeka pour commencer, Come Sunday de Duke
Ellington, pour finir. Entre ces duex bornes, des airs qui
swinguent, des solos culottés - le guitariste David
Chevallier, le saxophoniste Christophe Monniot -, de la
classe - Alain Jean-Marie au piano, le batteur François
Merville -, une écriture complexe et pourtant totalement
lisible. C'est du grand jazz, avec de l'ampleur, de la
fraîcheur, un pont entre les styles qui casse les barrières
et les œillères.
Sylvain
Siclier