Extraits de presse
LE FIGARO 8 novembre 2007
Patrice Caratini célèbre son big bandLONGTEMPS, on appela cela un big band. Depuis quelques années, on préfère en France parler de « grand format ». Mais la chose n'a pas changé : une douzaine au moins d'instrumentistes et un chef. Un chef ? Par exemple Patrice Caratini, contrebassiste aux états de service vertigineux qui, après avoir fait tourner un Onztet légendaire pendant des années, de festivals de jazz en disques de variétés, a créé en 1997 son Caratini Jazz Ensemble, qui trône aujourd'hui comme un des « grands formats » les plus créatifs et les plus actifs en France. Le 3 novembre à 20 heures et le 4 à 18 heures au Café de la danse, à Paris, il célèbre son dixième anniversaire avec un tour d'horizon de son répertoire, dans lequel se croisent Miles Davis et tango, Édith Piaf et la biguine...
« Le principe pour faire vivre un orchestre, c'est de le nourrir de musique, explique Patrice Caratini. Les deux premiers axes ont été les compositeurs français - le programme De Django à Solal, puis Louis Armstrong. » Suivront Cole Porter, des commandes de festivals, des recherches avec des cordes ou un choeur, des incursions dans divers répertoires du passé... « Chaque année, trois mois d'écriture et aussi les commandes passées à des compositeurs - Marc Ducret, Bojan Z, Zool Fleischer ou des gens de l'orchestre comme David Chevallier. »
Défendre la musique de bal
Il aime aussi retrouver « l'ontologique, l'essentiel, avec la danse. J'ai monté un répertoire de bal : trois heures de danse avec des titres classiques, Just a gigolo et Besame mucho, mais aussi du tango, du paso, du jazz, du typique, du rock. L'idée est de défendre la musique de bal avec les mêmes musiciens qui défendent la création. C'est aussi un travail sur le public : on déplace les lignes, on rassure, on familiarise les gens à l'orchestre de jazz, s'ils sont un peu intimidés par le cadre dans lequel on joue d'habitude. Après tout, Ellington et Basie ont fait des thés dansants toute leur vie. Mais la jeune génération dans l'orchestre, les musiciens qui ont 30 ans, n'ont pas connu une piste de danse qui se remplit quand on commence un morceau - une chose vraiment forte. » Dimanche à 21 heures, ce bal clôturera le week-end d'anniversaire du Caratini Jazz Ensemble.
Au bout de dix ans, le chemin parcouru est imposant : un répertoire de cent cinquante titres, trois albums parus. Le quatrième album sera enregistré en public, début décembre à Brest. « Un travail sur une quinzaine de chansons réalistes, de Gounod et Richepin à Prévert et Kosma, en passant par La Vipère du trottoir, Mon homme, Les Goélands... » Après l'enregistrement, cette création sur la chanson française, avec Hildegarde Wanzlawe au chant, tournera au printemps prochain.
Et l'économie ? « Je suis parti sans aucune subvention. Depuis quelques années, le ministère bouge un peu. C'est un ballon d'oxygène : on arrive à un minimum de dignité sociale et économique. » Alors qu'il va bientôt entrer dans la génération des aînés sur ce secteur, il contredit l'idée généralement répandue d'une catastrophe économique pour les big bands en France. « La situation des grandes formations n'est pas pire. Il y a même un léger mieux. » Il se souvient de ses années de jeune musicien des années 1970 qui intégrait, tous les jeudis soirs au Gibus, le big band de Claude Cagnasso. « Je ne touchais rien du tout. C'était seulement pour l'amour de la musique. » Aujourd'hui, à 60 ans, il devient peu à peu un des aînés de la scène jazz française, toujours aussi actif (programmes sur www.caratini.com) et toujours porté par une candeur gourmande : « Un orchestre ? Il y a du monde sur scène. Forcément la fête. »
Bertrand
Dicale
LE MONDE 12 janvier 2006
Patrice Caratini et la renaissance de "Birth of The Cool"À la fin des années 1940, le pianiste, arrangeur et compositeur Gil Evans tient appartement ouvert à New York, dans la 55e Rue, non loin de l'angle avec la 5e Avenue. Charlie Parker, John Lewis, futur leader du Modern Jazz Quartet, Miles Davis, Gerry Mulligan, George Russell et des dizaines d'autres refont le jazz. Le be-bop, qu'ils ont vécu de plus ou moins près, a moins la cote, ils découvrent l'Europe de Ravel, Stravinsky, Debussy.
De cette double influence va naître un nonet mené par le trompettiste Miles Davis, sous la haute bienveillance d'Evans. La formation grave, entre 1949 et 1950, douze faces de 78-tours. En septembre 1948, il y a eu un engagement d'une quinzaine de jours au club Royal Roost. Fin de l'aventure. Jusqu'en 1954, où une partie de ces faces sont regroupées dans un 33-tours 25 cm, puis, en 1957, en totalité dans un 30 cm, sous le titre Birth of the Cool. Miles Davis est une star, il figure sur la pochette. Birth of the Cool est entré dans l'histoire.
C'est, hormis la durée des parties solistes, ce même Birth of the Cool qu'a joué, lundi 9 janvier, le Jazz Ensemble du contrebassiste Patrice Caratini au Petit-Journal Montparnasse (Paris-14e). Une récréation dans la rétrospective consacrée au répertoire de la formation (neuf ans d'âge, plus de 150 compositions, originales ou reprises), un lundi par mois dans le club depuis octobre 2005.
Vénus de Milo, pour entrer en musique, puis Jeru. Deux compositions et arrangements du saxophoniste Gerry Mulligan. Le Jazz Ensemble prend le pas des géants d'hier avec gourmandise et désir. La modernité poétique de cette "naissance du cool", ses couleurs impressionnistes, l'utilisation du tuba et du cor en plus des instruments rois du jazz (trompette, saxophone, rythmique) avait été peu comprise à l'époque. Propulsée par Caratini et ses compagnons, elle sonne intemporelle. Et, pour le plaisir, on peut s'imaginer au Royal Roost en 1948.
Sylvain Siclier
L'HUMANITÉ 8 janvier /2006
Prix
spécial
Le prix spécial du
cinquantenaire de l’Académie a distingué le
compositeur, chef d’orchestre et contrebassiste
Patrice Caratini, entendu depuis trois bonnes décennies
auprès des plus grands (Kenny Clarke, Dizzy Gillespie,
Stéphane Grappelli), et lui-même à l’initiative
d’oeuvres et de formations originales. Le 9, Caratini
fera découvrir sa création axée sur le répertoire de
l’historique Birth of the Cool, enregistré en 1949 et
1950 par la formation de Miles Davis. Avec le Caratini Jazz
Ensemble, on plongera dans un chapitre décisif du jazz des
années cinquante : celui de l’école cool, dont
Miles Davis a été, avec son ami arrangeur Gil Evans, un
auguste acteur. En même temps, on se hissera à l’une
des cimes du jazz actuel made in France. Car Patrice
Caratini apporte toujours, à travers ses arrangements, un
éclairage particulier. Le jazz cool emprunte à la musique
classique européenne, sans chercher à jazzifier quoi que ce
soit, en explorant plutôt des harmonies, des couleurs, des
rythmes, développant une singularité, non pas brutale, mais
qui s’immisce délicatement en l’auditeur et
privilégie les climats de l’intériorité. La plume de
Caratini, elle aussi, aime les glissements de forme
quasiment magiques, les jeux de miroir qui promènent le
mélomane entre le familier et le mystérieux. Le leader nous
emporte au coeur de son univers, dans son superbe CD, From
the Ground (le Chant du monde), constitué de dix-huit de
ses compositions.
Fara C.
POLITIS 5 janvier /2006
La vie
ensemble
Patrice
Caratini et son Jazz Ensemble jouent au Petit Journal. Une
occasion rare d'entendre en club cet orchestre superbe,
riche d'une histoire aux multiples influences
Le 12
Décembre, le Jazz
Ensemble de Patrice Caratini venait de conclure un brillant
programme consacré à la biguine. Le chef prit alors le
micro et dit : "L'Académie du jazz m'a fait
l'honneur de me décerner son prix du cinquantenaire. C'est
un peu lourd pour moi, alors je le dédie à tous les
musiciens qui sont là at qui permettent à cet orchestre de
vivre." Il n'y
avait nulle fausse modestie dans cette annonce. Patrice
Caratini est un des meilleurs bassistes français ; il a
participé à qulques unes des avantures les plus fécondes du
jazz en France, en créant des orchestres et en s'impliquant
dans l'enseignement ; il est un arrangeur et un compositeur
original. Mais il n'a jamais joué les vedettes. Sans
affadir sa personnalité, ses goûts ni ses engagements, il
incarne une conception collective de la musique. Son Jazz
Ensemble actuel, créé en 1997, est l'aboutissement d'une
carrière diverse.
Patrice Caratini apprit d'abord le jazz sur le tas, en
jouant dans les clubs comme on le faisait à la fin des
années 1960. Il fut d'abord remarqué avec le majestueux
pianiste Mal Waldron puis joua dans le trio du Saxophoniste
Michel Roques et se fit entendre derrière d'innombrables
solistes, dont Slide Hampton, Dizzy Gillespie et Johnny
Griffin. En marge de ses activités jazzistes, il accompagna
aussi des grandes figures de la chanson : Colette Magny,
Maxime Le Forestier, Georges Brassens, Renaud.
"Les musiciens de ma
génération, dit
Patrice Caratini, ont appris le métier sur le tas ; ou
plutôt sur les tas. Il y avait le tas du jazz avec les
aînés. Il y avait le tas de la chanson. Il y avait le tas
de l'industrie avec les studios. Et il y avait le tas des
orchestres de Music Hall. En plus, nous étions des
papivores : nous étudiions des méthodes, nous lisions des
partitions, nous écoutions des disques, nous faisions tous
ça en vrac. C'était un apprentissage un peu
rousseauiste."
Qui conduisit Patrice Caratini à un duo remarqué avec le
guitariste Marc Fosset, duo qui se transforma en trios :
avec l'accordéoniste Marcel Azzola ; puis avec le
violoniste Stéphane Grappelli, qui y trouva une nouvelle
jeunesses.
Mais la passion
de Patrice Caratini était
l'orchestre, avec ce qu'il implique de travail
d'arrangement et de composition. Dès 1979 il fonde un
Onztet original. Finalement, en 1997, il créé son Jazz
Ensemble, un groupe où se mêlent des musiciens de 25 à 60
ans. Les plus âgés se sont faits à l'ancienne comme le chef
; les jeunes, eux, ont étudié dans les écoles où les
conservatoires. "Ils ont appris en cinq ou sept
ans, explique
Patrice Caratini, des choses que nous avions mis quinze
ans à maîtriser d'une façon un peu disparate. Ils ont
dépassé le cadre des guerres de style, be bop, free
jazz…Ils ont assimilé tous ces langages et peuvent
les maîtriser."
Cette polyvalence est en effet indispensable au projet que
réalise le Jazz Ensemble :" Si je fais un orchestre que je veux
faire jouer beaucoup, il faut l'ouvrir. Ma politique est
donc de parler de l'histoire et de la mémoire sans cesser
de parler de parler de la musique ici et maintenant. Nous
jouons les répertoires de Louis Armstrong ou de Cole
Porter, sur lesquels je fais mes propres arrangements. Dans
quelques cas, Duke Ellington ou Birth of the cool, nous reprenons les partitions
historiques. D'un autre côté, l'orchestre interprète mes
propres compositions. Enfin, je demande aussi des pièces à
des musiciens d'aujourd'hui ; ils peuvent me les donner
complètement orchestrées, ou me les fournir un canevas à
partit duquel nous travaillons ensemble, ou encore, juste
une mélodie que je vais arranger."
Le Jazz Ensemble
rattache ainsi l'actualité de
la musique improvisée aux sources du jazz ; ses solistes,
tous dotés de fortes personnalités, savent adapter leur
langage à ces vagabondages stylistiques ; et le tout se
fond merveilleusement dans l'écriture de Caratini, dont le
sens des alliages sonores (permis par une large palette où
figurent le cor et le tuba), le goût des contrastes
délicats (où l'aigu des clarinettes et des sopranos relève
la puissance des cuivres), la capacité à faire aller tout
l'orchestre en souplesse sont exceptionnels. Des biguines
jouées avec Alain Jean-Marie aux œuvres proches de la
musique "contemporaine" en passant par le jazz de
répertoire, le Jazz Ensemble promène son ardeur et son
inventivité, qui n'ont d'égal que le plaisir qu'il donne
dans l'intimité d'un club.
Denis Constant
Martin