Les créations du Caratini Jazz Ensemble
Latinidad
Création 2009
Lorsqu’il accoste au large de l’île Guanahani aux Bahamas, l’explorateur européano-centriste Christophe Colomb est loin de se douter que son voyage engendrera indirectement l’un des plus beaux mélanges de l’histoire de la musique du xxe siècle. L’inventeur du pop-corn est battu ! On ne peut qu’imaginer avec gourmandise les expériences musicales dans la Caraïbe séparant l’arrivée des premiers colons européens des premiers enregistrements disponibles, ceux de Scott Joplin ou d’Ernest Lecuona, par exemple.On connaît, par contre, l’incroyable richesse d’une musique créole, descendante improbable d’un télescopage de souvenirs approximatifs : souvenirs de partitions – Chopin, Brahms ou Schumann – déjouées ou adoptées par des esclaves aux souvenirs plus ou moins lointains de leur(s) Afrique(s). Les chansons ou les danses de cour d’Europe, irrespectueusement détournées lors de noces inavouables, peuvent être fières de leur descendance : biguine, tango, mambo, boléro cubain… La liste complète serait fastidieuse et infinie, tant le potentiel de mélanges ne semble connaître qu’une limite : le nombre de musiciens…
À elle seule, la rencontre du jazzman new-yorkais Dizzy Gillespie avec Chano Pozo – percussionniste cubain inouï, maître des rythmes traditionnels de la société secrète de l’Abakua – modifie l’histoire du jazz et lui offre certains de ses plus grands succès : Manteca, Tin Tin Deo.
Coproduction Scène nationale de Sénart/Fontenay-en-Scènes/Actart 77/Jazz Ensemble
[…] Au répertoire, une rumba cubaine traditionnelle, six compositions originales du leader, un thème écrit par le pianiste argentin Gustavo Beytelmann, deux succès chers à Dizzy Gillespie (Tin Tin Deo et Manteca), le tout se terminant par une étonnante version "boléro" de Petite fleur de Sydney Bechet.
Bien sûr, avec ses riffs de trompettes éclatantes (Tierras, Nina), l'album magnifie le latin jazz cher à Dizzy, et particulièrement l'époque de sa rencontre avec le percussionniste cubain Chano Pozo, mais les nuances de la riche palette sonore de ce Jazz Ensemble fait tout autant référence à la subtilité des orchestrations de Gil Evans.
Que ce soit le son d'ensemble, puissant et tonique, la richesse des percussions (explosion des tambours bata sur Alaro de Yemaya, du cajon sur Nina, ou association explosive des timbales, congas et bongos pour une version très originale de Manteca) comme la pertinence des solos, tout est orchestré de main de maître. Ajoutez à cela que le livret, richement illustré, permet au leader de commenter la genèse de chaque thème comme de chaque rythme mis en évidence et vous comprendrez que cet album constitue un "must" pour tous les amoureux de latin jazz. Assurément l'un des projets les plus percutants de ce Jazz Ensemble qui réunit, dans la même complicité, des musiciens de générations très différentes.
Claude Loxhay